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Distribution alimentaire européenne : le prix a tout fait, pas les volumes

Depuis 2021, le chiffre d'affaires de la distribution alimentaire en zone euro progresse de 25,6 %. Les volumes vendus, eux, sont en dessous de leur niveau de 2021. Sept marchés comparés sur ce que les ménages paient réellement en caisse.

Publié le 24 août 2026 · Données Eurostat arrêtées à 2026-05 · Sources publiques uniquement

Le calcul que personne ne publie

Un distributeur ne se juge pas sur son chiffre d'affaires seul. Si le chiffre d'affaires monte de 4 % pendant que les volumes reculent de 1 %, la croissance ne vient pas des clients, elle vient de l'étiquette.

Eurostat publie les deux séries pour le commerce de détail : le chiffre d'affaires net et le volume vendu, tous deux en indice base 2021 = 100. Leur rapport donne le prix moyen réellement encaissé, que ni les enseignes ni les instituts ne publient sous cette forme.

Prix moyen implicite = 100 × chiffre d'affaires ÷ volume. C'est ce qu'un ménage paie en moyenne pour un même panier de marchandise, report vers les premiers prix compris.

Sept marchés, un seul moteur

+25,6 %
chiffre d'affaires alimentaire, zone euro, depuis 2021
-1,2 %
volumes vendus sur la même période
+27,1 %
prix moyen payé en caisse
Commerce de détail à dominante alimentaire, évolution depuis 2021, dernier point disponible
Marché Chiffre d'affaires Volumes Prix moyen Prix affiché Écart
France2026-05+24,7 %+3,5 %+20,5 %+25,0 %-4,5 pt
Allemagne2026-06+22,2 %-4,9 %+28,5 %+33,2 %-4,7 pt
Espagne2026-06+45,9 %+8,3 %+34,7 %+35,6 %-0,9 pt
Belgique2026-06+13,2 %-10,6 %+26,6 %+29,9 %-3,3 pt
Pays-Bas2026-06+18,2 %-9,7 %+30,9 %+29,9 %+1,0 pt
Portugal2026-06+44,8 %+14,3 %+26,7 %+35,3 %-8,6 pt
Zone euro2026-06+25,6 %-1,2 %+27,1 %+31,1 %-4,0 pt

Lecture des couleurs : le vert signale ce qui va dans le sens du ménage, volumes en hausse ou prix en baisse ; le rouge l'inverse. Le chiffre d'affaires reste neutre.

« Prix affiché » est l'indice harmonisé des prix des produits alimentaires, qui suit un panier à qualité constante. « Prix moyen » est ce qui est réellement encaissé. L'écart entre les deux mesure l'arbitrage des ménages.

Quand le prix a monté, et quand il s’est arrêté

Un cumul sur cinq ans écrase la chronologie. Or c’est elle qui sépare les marchés. Voici le prix moyen implicite en moyenne annuelle, toujours en base 2021 = 100.

Prix moyen implicite du commerce de détail à dominante alimentaire, moyenne annuelle, base 2021 = 100
Marché202120222023202420252026
France100,0106,2118,7119,5120,1120,5
Allemagne100,0110,5122,5125,1127,9128,8
Espagne100,0110,9124,4129,0131,5134,3
Belgique100,0108,3122,0124,1126,9127,4
Pays-Bas100,0109,6122,0125,7130,8131,6
Portugal100,0111,4121,2121,1122,9126,1
Zone euro100,0109,0120,8123,1125,7127,0

Tout s’est joué en deux ans, Entre 2021 et 2023, le prix moyen alimentaire de la zone euro gagne 20,8 points. Ce qui vient ensuite est une lente dérive, pas une seconde vague.

La France est le marché qui s’est arrêté le plus tôt et le plus bas : depuis 2023, son prix moyen n’a gagné que 1,8 point en trois ans, L’Espagne, elle, n’a jamais cessé de monter, 9,9 points sur la même période. Deux marchés voisins, deux fins de choc opposées.

Une moyenne annuelle lisse les à-coups mensuels : 2026 ne porte que les mois déjà publiés, elle n’est donc pas une année complète.

L’alimentaire n’a pas subi le sort du reste du commerce

Eurostat publie les mêmes deux séries pour l’ensemble du commerce de détail et pour le seul alimentaire. La comparaison répond à la question qui vient tout de suite : ce qu’on observe est-il propre à l’alimentaire, ou vaut-il pour tous les achats ?

Évolution depuis 2021, commerce de détail dans son ensemble (NACE G47) et commerce à dominante alimentaire (G47.11)
MarchéVolumes, toutVolumes, alim.ÉcartPrix, toutPrix, alim.Écart
France+7,7 %+3,5 %-4,2 %+13,1 %+20,5 %+7,4 %
Allemagne+1,2 %-4,9 %-6,1 %+19,4 %+28,5 %+9,1 %
Espagne+12,6 %+8,3 %-4,3 %+25,5 %+34,7 %+9,2 %
Belgique-6,6 %-10,6 %-4,0 %+19,5 %+26,6 %+7,1 %
Pays-Bas+2,9 %-9,7 %-12,6 %+18,6 %+30,9 %+12,3 %
Portugal+20,8 %+14,3 %-6,5 %+16,1 %+26,7 %+10,6 %
Zone euro+4,4 %-1,2 %-5,6 %+18,6 %+27,1 %+8,5 %

Le résultat ne souffre aucune exception. Dans les sept marchés, les volumes alimentaires font moins bien que ceux du commerce dans son ensemble, et les prix alimentaires montent davantage. En zone euro, le commerce de détail vend 4,4 % de marchandise en plus qu’en 2021 pendant que l’alimentaire en vend 1,2 % de moins.

Autrement dit, les ménages n’ont pas réduit leurs achats en général. Ils ont réduit les quantités de nourriture, et elles seules. C’est le poste sur lequel l’arbitrage s’est fait, parce que c’est celui où la hausse a été la plus forte et la plus quotidienne.

Les deux colonnes « Écart » sont des différences en points entre l’alimentaire et l’ensemble du commerce. Un écart de volumes négatif signifie que l’alimentaire a fait moins bien.

La France est l'exception, et ce n'est pas ce qu'on entend

Sur les six pays comparés, la France est celui où le prix moyen alimentaire a le moins augmenté depuis 2021, 20,5 % contre 27,1 % en zone euro. C'est aussi, des sept, le seul à combiner cette modération avec des volumes en hausse, 3,5 %. L'Espagne et le Portugal en gagnent davantage, 8,3 % et 14,3 %, mais avec des prix moyens en hausse de 34,7 % et 26,7 %, loin de la modération française.

À l'autre bout, Belgique a perdu 10,6 % de volumes alimentaires en cinq ans. Ce n'est pas un ralentissement de la croissance, c'est un dixième de la marchandise qui a disparu des caddies, pendant que le prix moyen y montait de 26,6 %.

L'écart entre le prix affiché et le prix payé

Dans 5 des 6 marchés, le prix moyen encaissé progresse MOINS que l'indice des prix affichés. Les ménages y ont changé ce qu'ils mettent dans le panier : marques de distributeur, formats économiques, promotions. Le report est le plus marqué au Portugal, -8,6 pt d'écart, et en Allemagne, -4,7 pt. Seule exception, les Pays-Bas, où les deux mesures se tiennent à 1,0 point près : le panier n’y a presque pas bougé.

Cet écart n'est publié nulle part. Il se calcule, et il dit quelque chose qu'aucune des deux séries ne dit seule : de quel côté du rayon l'ajustement s'est fait.

La désinflation n'est pas une baisse

En juillet 2026, l'inflation alimentaire est revenue à 1,0 % sur un an en France, 0,8 % en zone euro, et elle est négative en Belgique et aux Pays-Bas. Le débat public en conclut souvent que les prix baissent. Ils ne baissent pas : ils cessent de monter, à un niveau qui reste 27 % au-dessus de 2021.

Pour une enseigne, cela change tout : la croissance du chiffre d'affaires portée par le prix s'éteint, et les volumes ne sont pas revenus. Pour un fournisseur, la négociation ne porte plus sur la répercussion d'une hausse mais sur le partage d'un volume qui ne croît plus.

Qui sont les enseignes derrière ces chiffres

Un marché n’existe pas tout seul : il est fait d’enseignes qui décident des prix, des assortiments et des promotions. Voici les groupes qui font ces sept marchés, classés par chiffre d’affaires 2025, avec une colonne que l’on voit rarement : ce sur quoi le chiffre repose.

Principaux groupes de distribution alimentaire présents sur les sept marchés étudiés, chiffre d'affaires de l'exercice 2025
GroupePaysChiffre d'affaires 2025VariationCe qui fait foi
Schwarz (Lidl + Kaufland)Groupe familial non cotéAllemagne185,6 Md€+5,8 %Comptes publiés
Rewe GroupCoopérativeAllemagne100,4 Md€+4,0 %Comptes publiés
Ahold DelhaizeCotée (Amsterdam)Pays-Bas / Belgique92,4 Md€+3,4 %Comptes publiés
CarrefourCotée (Paris)France91,5 Md€+2,8 %Comptes publiés
EDEKA VerbundCoopérativeAllemagne77,3 Md€+2,7 %Comptes publiés
E.LeclercCoopérative d'indépendantsFrance51,1 Md€+2,4 %Déclaration de dirigeant
MercadonaGroupe familial non cotéEspagne41,9 Md€+8,0 %Comptes publiés
Jerónimo MartinsCotée (Lisbonne)Portugal36,0 Md€+7,6 %Comptes publiés
Aldi Nord + Aldi SüdGroupes familiaux non cotésAllemagne33,7 Md€n.d.Mesure d’un panel privé
Auchan RetailGroupe familial non cotéFrance32,1 Md€+1,5 %Comptes publiés
Colruyt GroupCotée (Bruxelles), contrôle familialBelgique10,6 Md€+3,1 %Comptes publiés
Les Mousquetaires (Intermarché)Coopérative d'indépendantsFrancenon publién.d.Mesure d’un panel privé
Coopérative UCoopérative d'indépendantsFrancenon publién.d.Mesure d’un panel privé
Les périmètres ne sont pas comparables entre eux : certains groupes consolident plusieurs pays et plusieurs métiers, d'autres un seul marché. Ce tableau sert à situer les acteurs, pas à les classer sur leur performance.

Les trois premiers français ne publient pas de comptes

Sur les 13 groupes recensés, 9 publient un document financier vérifiable. Les 4 autres ne le font pas. Ce n’est pas un détail français : en France, le premier distributeur du pays, le troisième et le cinquième sont des coopératives d’indépendants qui ne consolident aucun compte de groupe. Le chiffre de 51,1 milliards d’euros d’E.Leclerc vient d’un entretien de presse de son président, pas d’un rapport annuel. Les parts de marché d’Intermarché et de U sont mesurées par un panel privé.

C’est précisément pourquoi les séries Eurostat comptent. Elles sont la seule mesure commune, construite de la même façon dans les sept marchés, indépendante de ce que chaque enseigne accepte de dire.

Deux enseignes seulement disent ce qu’elles ont vendu

Presque toutes communiquent un chiffre d’affaires. Presque aucune ne publie un volume. Mercadona fait exception et donne les deux : ventes en hausse de 8 % en valeur, et 4 % en kilos-litres, à 15 067 millions. La moitié de sa croissance vient donc bien de marchandise vendue en plus. Jerónimo Martins déclare de son côté une croissance des volumes sur toutes ses enseignes.

Ces deux groupes opèrent en Espagne et au Portugal. Or ce sont les deux marchés où les séries Eurostat montrent la plus forte hausse des volumes alimentaires depuis 2021, 8,3 % et 14,3 %, alors que la zone euro recule de 1,2 %. Deux mesures indépendantes, l’une comptable et l’autre statistique, qui pointent au même endroit.

La lecture inverse tient aussi. En Belgique, le marché qui a perdu le plus de volumes sur la période, 10,6 %, Colruyt voit sa part de marché reculer de 29,0 % à 28,5 % sur son exercice. Et en France, où le prix moyen a le moins augmenté, Auchan Retail affiche un chiffre d’affaires en repli de 0,5 %.

En 2026, la croissance ne peut plus venir du prix

C’est le point qui change tout pour une enseigne. Entre 2021 et aujourd’hui, le chiffre d’affaires alimentaire de la zone euro a progressé de 25,6 % avec des volumes en recul : la croissance était mécanique, portée par l’étiquette. Avec une inflation alimentaire revenue autour de zéro, ce moteur est éteint. Une enseigne qui croît en 2026 ne récupère plus une hausse de prix, elle prend des parts à une autre.

Treize groupes, trois façons de rendre des comptes

Le classement dit qui est gros. Il ne dit pas qui a vendu davantage de marchandise. Groupe par groupe, voici ce que les comptes 2025 apprennent sur le partage entre le prix et le volume.

Ce que disent les groupes cotés

Ce que disent les coopératives

Ce que disent les groupes familiaux

Ce que cette analyse apprend

Méthode et sources

Toutes les séries sont publiques et corrigées des variations saisonnières. Le commerce de détail à dominante alimentaire correspond au poste NACE G47.11. Le prix moyen implicite est un calcul Nexelys, le rapport du chiffre d'affaires au volume, et non une série publiée.

Sources principales

Sources des enseignes

Les deux indices sont ramenés à la même base, la moyenne de l'année 2021. C'est indispensable : mesurer l'un depuis la moyenne 2021 et l'autre depuis décembre 2021 gonflerait mécaniquement leur écart, les prix montant déjà au cours de 2021. Contrôle effectué : sur cette base commune, le prix moyen implicite et l'indice harmonisé s'écartent de 0,9 à 8,6 points sur cinq ans selon les pays. Deux mesures indépendantes d'un même phénomène qui convergent à ce point se valident mutuellement.

Citer cette analyse

Nexelys, « Carrefour, Leclerc, Lidl : distribution alimentaire 2026 », août 2026. https://nexelys.io/analyse-marche-distribution-alimentaire

Les chiffres de cette analyse peuvent être repris librement, y compris commercialement, à condition de citer Nexelys et de faire un lien vers cette page. Pour une reprise intégrale des tableaux ou une exploitation particulière, écrivez à contact@nexelys.io.

Suivre ces séries chaque mois

Cette analyse est une photographie. Le dashboard Conjoncture de Nexelys suit l'inflation poste par poste, les dépenses réelles des ménages et la confiance, sur la France, l'Allemagne, l'Espagne et la Belgique, avec des prévisions chiffrées à 3, 6 et 12 mois.

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