Le baril fait l'aller-retour. Les index de travaux, non.
Il y a un écart que l'été 2026 rend impossible à ignorer. D'un côté, les matériaux se calment : l'indice du coût des matériaux du génie civil recule de 2,5 % sur un an en mars 2026 (indice ICM-42, INSEE), et celui des matériaux du bâtiment ne progresse plus que de 1,6 % (indice ICM-412). De l'autre, les index de coût des travaux, eux, accélèrent : l'index général des travaux publics atteint 140,4 en mai 2026, soit +7,4 % sur un an (index TP01, INSEE), la fabrication d'enrobés +13,4 % (index TP09) et les réseaux d'énergie +7,5 % (index TP12a). Le bâtiment suit plus sagement, à +3,8 % pour l'index tous corps d'état (index BT01, 137,9 en mai) et +5,7 % pour l'électricité (index BT47). Autrement dit : ce n'est plus le prix de la matière qui fait monter la facture, c'est l'énergie qui la transforme, le bitume qui la lie, et la main-d'œuvre qui la pose. Le retour du baril à 101 dollars fin juillet ne fera qu'alimenter cette mécanique. Côté volumes, le résidentiel tient : 365 500 logements autorisés sur douze mois glissants à fin juin 2026, en hausse de 10,0 % sur un an (source : SITADEL / SDES). Mais le non-résidentiel se replie de 13,3 % et l'aménagement foncier de 15,4 %, ce qui pèsera sur l'activité de terrassement et de voirie dans douze à vingt-quatre mois.
🔍 Zoom : pourquoi un index de travaux ne redescend jamais aussi vite qu'il est monté
Un index de coût de travaux n'est pas un prix de marché, c'est une moyenne pondérée de plusieurs postes : matériaux, énergie, matériel, transport et salaires. Quand le baril grimpe, il touche d'abord le poste énergie et le poste transport, immédiatement. Quand il redescend, ces deux postes se détendent, mais les salaires et le matériel, eux, ne baissent pas : une revalorisation négociée ne se dénégocie pas, un amortissement de matériel ne se rembobine pas. C'est ce que les économistes appellent un effet de cliquet. Concrètement, sur douze mois, l'écart entre l'index général des travaux publics (+7,4 %) et l'indice des matériaux du génie civil (-2,5 %) approche les dix points : cet écart, c'est exactement la part de la facture qui ne reviendra pas en arrière, même si le pétrole retombe à 70 dollars à l'automne. Pour toute structure qui signe des marchés à prix ferme, la conséquence est directe : indexer sur un indice matériaux protège de moins en moins, parce que ce n'est plus là que se joue la hausse.
- Cuivre (contrats à terme COMEX) : environ 14 297 $/t en juillet 2026, en hausse de 4,7 % sur le mois. Le repli de fin juin, autour de 13 500 $/t, n'aura donc duré que quelques semaines.
- Aluminium : environ 3 340 $/t en juillet 2026, en repli de 2,8 % sur le mois. Le seul grand métal du bâtiment à ne pas être reparti à la hausse avec le baril.
- Pourquoi l'écart compte : l'index enrobés (TP09) progresse de 13,4 % sur un an quand les matériaux du génie civil reculent de 2,5 %. Le bitume, dérivé direct du raffinage, est le canal par lequel le prix du baril entre dans vos marchés de voirie.