L'inflation publiée n'est pas celle qu'on paie
Le panier contraint additionne trois postes que personne ne supprime : l'alimentation, le logement avec l'eau et l'énergie, et le transport. Chacun est pondéré par son poids officiel dans l'indice des prix à la consommation harmonisé (HICP, la mesure de l'inflation construite pour être comparable d'un pays européen à l'autre) de l'année concernée, et non par un poids figé : 47 % de la dépense des ménages en France comme en Allemagne en 2025, 45 % en Espagne, 42 % en Belgique (source : Eurostat, prc_hicp_inw). Le panier et l'indice général sont ensuite ramenés sur la même base, la moyenne de l'année 2021, puis comparés le même mois. Sans cette double précaution, l'écart entre les deux ne veut rien dire. À juillet 2026, le panier contraint progresse de 32,11 % en Belgique, 28,38 % en Allemagne, 25,93 % en Espagne et 24,63 % en France depuis 2021 (source : Eurostat, prc_hicp_minr, calcul Nexelys). L'écart avec l'inflation générale s'établit à 7,62 points en Belgique, 5,60 en France, 3,77 en Allemagne et 2,81 en Espagne. L'actualité d'août 2026 ne détend pas ce diagnostic. L'inflation harmonisée annuelle remonte à 2,7 % en France, 2,9 % en Allemagne, 4,2 % en Belgique et 4,5 % en Espagne, contre respectivement 2,0 %, 2,4 %, 3,3 % et 3,6 % en juin (source : Eurostat, août 2026). Les quatre accélèrent en même temps, sous l'effet d'une énergie plus chère. Le chômage, lui, reste très dispersé : 4,0 % en Allemagne, 6,0 % en Belgique, 8,3 % en France et 10,0 % en Espagne en juillet 2026 (source : Eurostat).
🔍 Zoom : pourquoi l'inflation publiée et l'inflation ressentie ne se rejoignent pas
Un indice général des prix est une moyenne pondérée de tout ce que consomme un ménage moyen, y compris ce dont il peut se passer. Quand l'électronique baisse, l'habillement stagne et le carburant grimpe, la moyenne reste modérée, alors que le budget d'un ménage qui n'achète ni téléviseur ni manteau ce mois-là monte pour de bon. C'est exactement ce que mesure l'écart entre le panier contraint et l'indice général : de combien de points l'inflation publiée sous-estime ce qui est subi par un ménage dont la dépense se concentre sur l'incompressible. Deux erreurs classiques rendent cette lecture fausse, et nous les écartons toutes les deux. La première consiste à comparer deux séries qui n'ont pas la même base : un indice ramené à 2015 et un autre ramené à 2021 produisent un écart entièrement artificiel. La seconde consiste à comparer deux mois différents, ce qui superpose un décalage saisonnier à l'écart réel. Ici, tout est calculé sur la moyenne 2021 et sur le même mois. Dernière précaution : les poids. Ceux du HICP sont révisés chaque année. Appliquer les poids de 2025 à l'année 2022 réécrirait le passé. Chaque mois porte les poids de son année.
- Panier contraint depuis 2021, juillet 2026 : Belgique +32,11 %, Allemagne +28,38 %, Espagne +25,93 %, France +24,63 % (source : Eurostat, calcul Nexelys)
- Écart avec l'inflation générale, juillet 2026 : Belgique +7,62 pt, France +5,60 pt, Allemagne +3,77 pt, Espagne +2,81 pt (source : Eurostat, calcul Nexelys)
- Inflation harmonisée annuelle, août 2026 : Espagne 4,5 %, Belgique 4,2 %, Allemagne 2,9 %, France 2,7 % (source : Eurostat)
- Pourquoi le couple compte : les deux premières colonnes ne se classent pas dans le même ordre. La France a la plus faible inflation générale des quatre depuis 2021, +19,03 %, et le deuxième écart le plus large. Le niveau et le décalage sont deux questions différentes.