Le financement : deux courbes qui ont divergé
Les séries mensuelles de Bank Al-Maghrib permettent de suivre séparément ce que les banques prêtent aux ménages pour se loger, et ce qu'elles prêtent aux promoteurs pour produire. Sur onze ans et demi, les deux trajectoires n'ont plus rien de commun. Le crédit à l'habitat gagne 51,6 % et atteint 258,6 milliards de dirhams en juin 2026. Le crédit aux promoteurs perd 2,0 % et revient à 63,7 milliards, sous son niveau de janvier 2015. Un troisième chiffre explique le second : les créances en souffrance du système bancaire ont plus que doublé sur la période, de 52,1 à 104,8 milliards de dirhams, soit +100,9 %. Elles pèsent aujourd'hui 8,0 % de l'encours total. Une banque qui voit ses impayés doubler ne resserre pas au hasard : elle resserre là où le risque est concentré, c'est-à-dire sur le financement de la production. Dernier repère, plus large : la part de l'immobilier dans l'ensemble du crédit bancaire marocain est passée de 31,6 % à 25,3 %. Le secteur ne recule pas en valeur absolue, il recule dans les priorités des prêteurs.
🔍 Zoom : pourquoi un ratio dit plus qu'un montant
Les 104,8 milliards de dirhams de créances en souffrance impressionnent, mais pris seuls ils ne prouvent rien. Un système bancaire dont le bilan grossit voit mécaniquement ses impayés grossir aussi. La seule lecture qui tienne est le ratio : ces créances représentent aujourd'hui 8,0 % de l'encours total de crédit. C'est ce chiffre, et non le montant brut, qui mesure la fragilité et qui commande le comportement des prêteurs. Le même réflexe vaut pour le crédit à l'habitat. Ses 258,6 milliards en font le premier poste du crédit aux ménages, et pourtant, rapporté à l'ensemble du crédit bancaire, l'immobilier passe de 31,6 % à 25,3 % en onze ans. Autrement dit, les ménages empruntent plus qu'avant pour se loger, et le reste de l'économie emprunte quand même plus vite qu'eux. Un montant qui monte et une part qui baisse ne se contredisent pas : ils répondent à deux questions différentes. Qui lit un marché sur un seul nombre brut lit presque toujours le mauvais.
- Le crédit à l'habitat progresse de 51,6 % entre janvier 2015 et juin 2026, de 170,6 à 258,6 milliards de dirhams. La demande solvable est financée.
- Le crédit aux promoteurs recule de 2,0 % sur la même période, à 63,7 milliards. C'est l'offre, et elle seule, qui a perdu son financement.
- Le signal à suivre : le ratio de créances en souffrance, à 8,0 % de l'encours. Tant qu'il ne reflue pas, les banques n'ont aucune raison de rouvrir le robinet du côté de la production.