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🏘️ Publication sectorielle gratuite Publié le 14 août 2026 5 minutes de lecture Par Nexelys

Immobilier au Maroc : les ménages empruntent plus, les promoteurs plus du tout

On explique d'ordinaire le marché immobilier marocain par sa demande : la démographie, l'urbanisation, les transferts de la diaspora. Les séries de la banque centrale racontent autre chose. Depuis 2015, le crédit à l'habitat des ménages a progressé de moitié, celui accordé aux promoteurs a reculé, et les créances en souffrance ont doublé. En face, trois promoteurs cotés portent près de cinq années de production invendue, et aucune institution ne publie de prix de transaction au mètre carré. Trois lectures, à partir des seules sources publiques.

Focus : Financement · Stock · Prix

L'intuition du mois

Quand un marché immobilier ralentit, le premier réflexe est de chercher l'acheteur manquant. Au Maroc, il est là. Les ménages n'ont jamais autant emprunté pour se loger : l'encours de crédit à l'habitat est passé de 170,6 à 258,6 milliards de dirhams entre janvier 2015 et juin 2026, soit +51,6 %. Sur exactement la même période, l'encours de crédit aux promoteurs est passé de 65,1 à 63,7 milliards, soit -2,0 %. La demande est financée, l'offre ne l'est plus. Et pendant que les banques se retirent de la production, les invendus s'accumulent : les trois promoteurs cotés à Casablanca portent ensemble 27,4 milliards de dirhams de stocks pour 5,6 milliards de chiffre d'affaires, soit près de cinq années de production immobilisée. Le blocage n'est pas devant le guichet, il est dans le bilan. Voici les trois lectures que ça impose.

Financement

Le financement : deux courbes qui ont divergé

Pourquoi la banque prête toujours au ménage qui achète, et presque plus au promoteur qui construit.

Les séries mensuelles de Bank Al-Maghrib permettent de suivre séparément ce que les banques prêtent aux ménages pour se loger, et ce qu'elles prêtent aux promoteurs pour produire. Sur onze ans et demi, les deux trajectoires n'ont plus rien de commun. Le crédit à l'habitat gagne 51,6 % et atteint 258,6 milliards de dirhams en juin 2026. Le crédit aux promoteurs perd 2,0 % et revient à 63,7 milliards, sous son niveau de janvier 2015. Un troisième chiffre explique le second : les créances en souffrance du système bancaire ont plus que doublé sur la période, de 52,1 à 104,8 milliards de dirhams, soit +100,9 %. Elles pèsent aujourd'hui 8,0 % de l'encours total. Une banque qui voit ses impayés doubler ne resserre pas au hasard : elle resserre là où le risque est concentré, c'est-à-dire sur le financement de la production. Dernier repère, plus large : la part de l'immobilier dans l'ensemble du crédit bancaire marocain est passée de 31,6 % à 25,3 %. Le secteur ne recule pas en valeur absolue, il recule dans les priorités des prêteurs.

🔍 Zoom : pourquoi un ratio dit plus qu'un montant

Les 104,8 milliards de dirhams de créances en souffrance impressionnent, mais pris seuls ils ne prouvent rien. Un système bancaire dont le bilan grossit voit mécaniquement ses impayés grossir aussi. La seule lecture qui tienne est le ratio : ces créances représentent aujourd'hui 8,0 % de l'encours total de crédit. C'est ce chiffre, et non le montant brut, qui mesure la fragilité et qui commande le comportement des prêteurs. Le même réflexe vaut pour le crédit à l'habitat. Ses 258,6 milliards en font le premier poste du crédit aux ménages, et pourtant, rapporté à l'ensemble du crédit bancaire, l'immobilier passe de 31,6 % à 25,3 % en onze ans. Autrement dit, les ménages empruntent plus qu'avant pour se loger, et le reste de l'économie emprunte quand même plus vite qu'eux. Un montant qui monte et une part qui baisse ne se contredisent pas : ils répondent à deux questions différentes. Qui lit un marché sur un seul nombre brut lit presque toujours le mauvais.

🧭 Ce qu'il faut retenir
  • Le crédit à l'habitat progresse de 51,6 % entre janvier 2015 et juin 2026, de 170,6 à 258,6 milliards de dirhams. La demande solvable est financée.
  • Le crédit aux promoteurs recule de 2,0 % sur la même période, à 63,7 milliards. C'est l'offre, et elle seule, qui a perdu son financement.
  • Le signal à suivre : le ratio de créances en souffrance, à 8,0 % de l'encours. Tant qu'il ne reflue pas, les banques n'ont aucune raison de rouvrir le robinet du côté de la production.
⚠️ Ces séries sont des encours, pas des flux : elles disent ce que les banques portent à leur bilan, pas ce qu'elles ont accordé dans le mois. Un encours stable peut recouvrir des remboursements élevés compensés par des crédits nouveaux. Et le crédit aux promoteurs ne mesure pas tout le financement de l'offre : les fonds propres, les avances des acquéreurs et les concours non bancaires n'y figurent pas.
→ Onze ans de séries de crédit, et ce qu'elles impliquent pour la production, dans l'étude Le marché immobilier au Maroc
Stock

Le stock : près de cinq années de production immobilisée

Ce que disent les bilans des trois promoteurs cotés, et que le compte de résultat cache.

Les trois promoteurs cotés à la Bourse de Casablanca déposent chaque année un rapport financier auprès de l'AMMC, l'autorité des marchés marocaine. On y lit la ligne de chiffre d'affaires, dont la presse fait ses titres, et la ligne de stock, dont elle ne parle presque jamais. C'est pourtant la seconde qui raconte ce marché. Ensemble, Addoha, Alliances et Résidences Dar Saada portent 27,4 milliards de dirhams de stocks et encours pour 5,6 milliards de chiffre d'affaires en 2025, soit 4,9 années de production immobilisée. Le détail est très inégal : 6,3 années pour Addoha, 2,1 pour Alliances, et 10,7 années pour Dar Saada, seule des trois à perdre de l'argent sur l'exercice. Ce stock n'est pas un accident de conjoncture, c'est un capital qui ne tourne plus. Et il éclaire directement le retrait bancaire décrit plus haut : on ne prête pas volontiers à un secteur dont la garantie principale est un actif qui met près de cinq ans à se vendre.

🔍 Zoom : le piège de la comparaison pluriannuelle

Il y a une raison précise pour laquelle les analyses de presse se contredisent d'une année sur l'autre sur ces trois sociétés. Les trois ont changé leur règle de reconnaissance du chiffre d'affaires. Alliances l'écrit noir sur blanc dans son rapport : sous les règles antérieures, son chiffre d'affaires 2025 aurait atteint 2,7 milliards de dirhams au lieu des 2,4 publiés. Dar Saada indique de son côté que ses montants sont ajustés pour la même raison. Comparer un chiffre d'affaires 2025 à celui d'un exercice antérieur sans le préciser, c'est mesurer un changement de méthode comptable et l'appeler une évolution de marché. C'est exactement là que le commentaire se trompe. La parade est simple : dire sur quelle base on compare, ou ne comparer que ce qui est resté sur la même base. Le stock, qui est une position de bilan et non un flux reconnu dans le temps, est bien moins exposé à cette révision. Une raison de plus de le regarder en premier.

🧭 Ce qu'il faut retenir
  • 27,4 milliards de dirhams de stocks pour 5,6 milliards de chiffre d'affaires chez les trois promoteurs cotés, soit 4,9 années de production immobilisée.
  • L'écart entre eux est considérable : 2,1 années pour Alliances, 6,3 pour Addoha, 10,7 pour Dar Saada. Une moyenne sectorielle n'a ici aucun sens.
  • Le signal à suivre : le rythme d'écoulement du stock, plus parlant que le chiffre d'affaires publié, qui dépend de règles de reconnaissance révisées par les trois sociétés.
⚠️ Ces trois sociétés ne sont pas le marché marocain : elles en sont la partie cotée, donc la plus grande et la plus visible. Le reste de la production, porté par des acteurs non cotés, ne publie pas de bilan et échappe à cette lecture. Le ratio de 4,9 années vaut pour ce périmètre, et pour lui seul.
→ Le stock des trois promoteurs, société par société et poste par poste, dans l'étude Le marché immobilier au Maroc
Prix

Le prix au mètre carré : ce que la loi exige et que personne ne publie

Pourquoi il n'existe aucun prix de transaction officiel au Maroc, alors que chaque contrat de vente sur plan en porte un.

Voici le point le plus déroutant de tout le dossier. Aucune institution marocaine ne publie de prix de transaction au mètre carré. L'indice des prix des actifs immobiliers, produit conjointement par Bank Al-Maghrib et l'ANCFCC, repose pourtant sur les actes de la conservation foncière, donc sur l'exhaustivité des mutations enregistrées. Il diffuse des indices et des variations, jamais un niveau en dirhams. Au premier trimestre 2026, il affiche des prix quasi stables sur un an, à -0,4 %, pour des transactions en recul de 9,3 %. Les montants qui circulent dans la presse et sur les portails d'annonces viennent d'agences, sans méthodologie publiée : ce sont des prix affichés, pas des prix actés, et les deux peuvent s'écarter durablement. Le paradoxe est complet quand on ouvre le texte qui régit la vente sur plan : la loi impose que le contrat préliminaire porte le prix de vente définitif du mètre carré. Le chiffre existe donc dans chaque acte de vente sur plan conclu dans le pays, et il est vérifié par le professionnel qui rédige l'acte. Il n'est agrégé nulle part. L'opacité de ce marché ne tient pas à l'absence d'information, elle tient à l'absence de publication.

🔍 Zoom : ce qui borne le marché quand aucun prix n'est publié

À défaut de prix observé, il reste des prix opposables, écrits dans le Code général des impôts. Le régime du logement social fixe un plafond de 250 000 dirhams hors taxe pour une surface de 50 à 80 mètres carrés, soit un encadrement de fait entre 3 125 et 5 000 dirhams le mètre carré. C'est la borne basse du marché, et elle est administrée, pas négociée. À l'autre bout de la chaîne, le coût de sortie est écrit lui aussi : les profits fonciers sont imposés à 20 %, avec une cotisation minimale de 3 % du prix de cession due même en l'absence de profit. On paie donc l'impôt en vendant à perte. Entre ces deux bornes, le prix se forme sans référence publique. Pour qui doit décider, la conséquence est directe : au Maroc, la grille de lecture la plus solide n'est pas statistique, elle est fiscale et juridique.

🧭 Ce qu'il faut retenir
  • L'indice officiel ne donne aucun niveau de prix : au premier trimestre 2026, il affiche -0,4 % sur les prix et -9,3 % sur les transactions, sans jamais dire combien coûte un mètre carré.
  • La loi impose pourtant un prix au mètre carré dans chaque contrat préliminaire de vente sur plan. La donnée existe acte par acte, et n'est consolidée nulle part.
  • Le signal à suivre : les plafonds fiscaux du logement social, entre 3 125 et 5 000 dirhams le mètre carré, seule référence de prix publiée et opposable.
⚠️ Prudence avec les prix au mètre carré cités dans la presse ou sur les portails d'annonces marocains : ce sont des prix demandés par des vendeurs, pas des prix constatés dans des actes. Ils ne relèvent d'aucune méthodologie publiée et ne peuvent pas servir de référence dans une décision. En l'absence de série officielle, la seule lecture rigoureuse d'une évolution de prix passe par l'indice, à périmètre constant.
→ Les loyers de 75 agglomérations et le cadre juridique et fiscal complet, dans l'étude Le marché immobilier au Maroc

Le fil rouge : un marché qui ne manque pas d'acheteurs

Ce que vous ne voyez pas si vous lisez le marché marocain par sa demande.

Les signaux du marché marocain à l'été 2026

Crédit à l'habitat
En hausse ↑
Bank Al-Maghrib, juin 2026
Crédit aux promoteurs
En recul ↓
Bank Al-Maghrib, juin 2026
Prix des actifs immobiliers
Quasi stables →
Indice Bank Al-Maghrib et ANCFCC, T1 2026
Transferts de la diaspora
En hausse ↑
Office des Changes, S1 2026

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