Le transport a déjà basculé, avec un an d'avance
L'enquête mensuelle de conjoncture du SDES dans le transport routier de marchandises donne le solde d'opinion des transporteurs sur la demande qui leur est adressée. En juin 2026 ce solde est à -26,4. En juin 2025 il était à -2,1. Vingt-quatre points et trois dixièmes perdus en douze mois, sur une série qui était encore proche de l'équilibre il y a un an. Les perspectives d'activité suivent, à -26,3 contre -17,7 un an plus tôt. Une troisième série de la même enquête dit d'où vient la pression : le solde sur les prix passe de +2,3 à +11,8. Des transporteurs qui relèvent leurs prix quand leur demande s'effondre ne répercutent pas une tension de marché, ils répercutent une facture. Celle du gazole, dont l'indice de prix à la consommation de l'INSEE progresse de 37,1 % sur un an en août 2026. Le brut n'explique qu'une partie de cette hausse, puisque le Brent ne prend que 32,8 % sur les mêmes deux mois d'août ; le reste vient du raffinage, où le distillat coté double presque, à +98,3 %. Le gazole ne suit plus le baril, il suit la pénurie de ce qu'on en tire. L'indice de prix du fret publié par le SDES confirme que la hausse est subie et non choisie : au premier trimestre 2026, la route est le seul mode dont les prix accélèrent, à +2,4 % sur un an après +0,2 % fin 2024, quand le maritime tombe de +24,4 % à -14,3 %, l'aérien de +12,2 % à -1,8 % et le ferroviaire de +3,8 % à -0,2 %. Là où le prix se forme sur un marché mondial, il s'effondre ; là où il doit couvrir un plein, il monte. Le résultat se lit au greffe : avec 3 244 défaillances sur douze mois à fin juin, le transport et l'entreposage sont 70,6 % au-dessus de leur moyenne 2010-2019, très loin devant tous les autres secteurs.
🔍 Zoom : pourquoi le camion se décide avant la tournée
Un poids lourd s'amortit sur cinq à sept ans. Un transporteur qui doute de 2027 ne supprime pas d'abord des tournées, il repousse son renouvellement : la décision coûte zéro et se rattrape. La commande de véhicules bouge donc avant l'activité, et c'est ce qui en fait un indicateur avancé plutôt qu'un thermomètre. Sur les huit premiers mois de 2026, la France a immatriculé 28 313 poids lourds neufs, soit 3,0 % de moins qu'en 2025 et 29,3 % de moins qu'en 2019, et 229 951 utilitaires légers, en recul de 4,9 % sur un an. La contre-épreuve est dans le même fichier du SDES : les immatriculations de voitures particulières, qui mêlent ménages et flottes d'entreprise, progressent au contraire de 2,9 %. Le véhicule qui sert à produire recule, celui qui sert à se déplacer avance. C'est la signature d'un doute d'entreprise, pas d'un doute de consommateur.
- La demande adressée au transport routier perd 24,3 points en un an : solde de -26,4 en juin 2026 contre -2,1 en juin 2025.
- Les défaillances du transport et de l'entreposage sont 70,6 % au-dessus de leur moyenne 2010-2019, premier des douze secteurs suivis par l'INSEE.
- La route est le seul mode de fret dont les prix accélèrent, à +2,4 % sur un an au premier trimestre 2026, quand le maritime recule de 14,3 %.
- Le signal à suivre : le gazole. Tant que son prix reste 37 % au-dessus de celui d'il y a un an, la marge du transporteur se joue dans la clause d'indexation, pas dans le volume.